Voilà déjà plusieurs années que ce projet trotte dans ma tête. Il suffisait sans doute d’une rencontre. C’est chose faite. Pamela Ghislain sera Elisabeth. Pour la simple raison qu’elle possède la « gravité » de la joie qui me parait être indispensable pour ce rôle. Et il en faudra de la joie pour travailler ce magnifique texte qui nous mène en enfer. L’enfer de la manipulation comme moyen de façonner tel un Dieu sa créature et ses sbires pour en faire ses esclaves. Tout se mélange ici, l’amour, la haine, la passion dévoreuse qui fait accepter le pire en pensant au meilleur. Et jusqu’où peut on aller dans l’acceptation de cette déchéance.

« Le corps à corps de deux êtres qui s'aiment est plus effroyable que toutes les flammes de l'enfer ».

Cette méditation sur le mal que construit Frédérick Tristan arrive à faire naître des émotions tellement contradictoires. Sans doute parce que ses personnages ne sont pas assez fous, et c’est ce qui aurait sans doute pu les sauver. Mais la partie d’échecs qu’ils jouent nous montre au contraire leur intelligence et nous fascine encore plus.

« La religion n'est pas cette sécheresse, et elle n'est pas davantage cette impuissance qui se veut habiller en gravité pour nous plaire ».

Je me suis souvent dit qu’on entrait en théâtre comme on entrait en religion. Et c’est bien ce que font Elisabeth, Emmanuel et Danièle. Ils entrent en amour comme on entre en religion, fascinés par ce Dieu qui les appelle à servir son désir de pouvoir et d’expérience. Méditation sur le mal oui, comme une prière qu’on finit par ne plus entendre mais qui nous obsède encore et encore et que l’on psalmodie sans cesse.

« Chacun croit comprendre et il n'est personne d'entre nous qui soit capable de réciter correctement son propre rôle ».

C’est sans doute une question qui se posera dans cette adaptation théâtrale. Ne pourrait-on pas se poser la question du rapport comédienne-metteur en scène ? Jusqu’où chacun est prêt à aller dans ce rapport dominé dominant qui existe si souvent, juste pour pouvoir « être » sur un plateau. Jusqu’où le metteur en scène est-il prêt à aller afin d’obtenir ce qu’il veut, même si c’est au-delà du permis ? Alors le rapport se jouera à deux. La comédienne (Elisabeth) sous le pouvoir du metteur en scène qui « dira » les autres personnages et qui poussera « sa » comédienne dans ses derniers retranchements afin d’arriver à ses désirs d’interprétation. Et dans ce « combat », la comédienne n’arrivera-t-elle pas à vivre ses sentiments non pas comme une souffrance mais comme une libération heureuse ?

« J’attends Alexandre….. »

 

Vincent Eloy

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now